Articles · Régulation du trafic

Régulation macro : un plan de feux pour chaque moment de la journée

Une ville ne règle pas ses feux une fois pour toutes. Elle découpe son réseau en zones et fait changer le plan de feux de chaque zone selon le trafic mesuré. Voici comment fonctionne cette régulation dite « macroscopique ».

Par Emmanuel NDOUN5 octobre 2026Lecture : 8 min
1 zoneun groupe de carrefours pilotés ensemble
2 mesuresle débit et le taux d'occupation
5 plansnuit, transition, jour, matin, soir
1 fois/anla révision conseillée des seuils

Partie 1Carrefour, axe, zone : trois échelles de régulation

On peut agir sur les feux à trois niveaux, qui se complètent.

ÉchelleCe que l'on règleL'objectif
Le carrefourLa durée du vert de chaque entrée, parfois adaptée en direct à l'arrivée des véhicules, des bus ou des piétonsÉcouler chaque mouvement en sécurité
L'axeLes décalages entre feux successifs : c'est l'onde verteLimiter les arrêts le long d'une rue
La zoneLe plan de feux appliqué à tout un quartier, selon l'état global du traficAdapter le réseau au moment de la journée

La régulation macro est ce troisième niveau. Elle ne s'occupe pas de chaque véhicule : elle regarde la zone comme un tout et répond à une seule question. Quel réglage d'ensemble convient au trafic de maintenant ?

Partie 2Les ingrédients : une zone, des détecteurs, cinq plans

La zone

Une zone regroupe des carrefours qui fonctionnent ensemble : les mêmes flux les traversent, et ils saturent en même temps. On la dessine autour d'un pôle (une gare, un centre-ville, un quartier d'affaires) ou d'un ensemble d'axes liés.

Les détecteurs stratégiques

Il est inutile de tout mesurer partout. On choisit quelques détecteurs stratégiques, placés sur les axes qui portent l'essentiel du trafic entrant et sortant. Ce sont eux qui servent de thermomètre à la zone.

Une zone de régulation, vue de dessus
Quelques détecteurs bien placés suffisent à connaître l'état de tout un quartier.
ZONE DE RÉGULATIONDétecteur stratégiquedébit + taux d'occupationcarrefours à feuxPoste centralcompare aux seuils,choisit le plan de la zone
Chaque détecteur transmet en continu deux mesures. Le poste central les compare à des seuils et applique le plan correspondant à tous les carrefours de la zone en même temps.

La bibliothèque de plans

Un plan de feux fixe, pour chaque carrefour, la durée du cycle, la répartition du vert et les décalages. Une zone dispose en général de cinq plans, préparés à l'avance.

PlanQuandLogique de réglage
NuitTrafic très faibleCycles courts, pour ne faire attendre personne inutilement
TransitionMontée du matin, baisse du soirRéglage intermédiaire, qui évite un saut brutal entre la nuit et le jour
JourHeures creuses de la journéeRéglage équilibré entre toutes les directions
MatinPointe du matinCycles plus longs, priorité au sens le plus chargé le matin
SoirPointe du soirCycles plus longs, priorité au sens le plus chargé le soir

Partie 3Les seuils : comment la zone change de plan

Le principe tient en une phrase : à chaque plan correspond une plage de trafic, et les limites entre ces plages sont des seuils. Quand la mesure franchit un seuil, la zone change de plan.

Une journée type sur un détecteur stratégique
Exemple fictif. Le plan actif dépend du débit mesuré et de trois seuils.
NuitTransitionJourMatinSoir
03006009001200seuil 1 · 250seuil 2 · 500seuil 3 · 900débit mesuré (véh/h)0 h3 h6 h9 h12 h15 h18 h21 h24 hPLAN DE FEUX ACTIF DANS LA ZONENuit : 0h00 – 6h15NuitTransition : 6h15 – 7h00Jour : 7h00 – 8h00Matin : 8h00 – 9h45MatinJour : 9h45 – 17h00JourSoir : 17h00 – 19h00SoirJour : 19h00 – 20h15Transition : 20h15 – 21h15Nuit : 21h15 – 24h00Nuit
À lire ainsi : sous le seuil 1, la zone est en plan de nuit. Entre les seuils 1 et 2, elle passe en transition, puis en plan de jour. Au-dessus du seuil 3, elle bascule en plan de pointe : matin ou soir selon le sens qui se charge. Les valeurs sont données à titre d'illustration : chaque détecteur a ses propres seuils.

Pourquoi le débit ne suffit pas

Le débit compte les véhicules qui passent. Le taux d'occupation mesure la part du temps pendant laquelle un véhicule se trouve au-dessus du détecteur. Les deux sont nécessaires, car le débit seul est trompeur.

Un même débit peut cacher deux situations opposées
Relation théorique entre le débit et le taux d'occupation d'une voie.
FLUIDESATURÉA · même débitla rue est fluideB · même débitla rue est saturée0 %25 %50 %75 %100 %TAUX D'OCCUPATION →↑ DÉBIT
Aux points A et B, le détecteur compte le même nombre de véhicules. En A, ils roulent librement. En B, ils avancent au pas, pare-chocs contre pare-chocs. Seul le taux d'occupation permet de les distinguer, et donc de détecter la saturation.
À retenir. Les seuils de débit servent à choisir le plan adapté au moment de la journée. Les seuils de taux d'occupation servent d'alerte : ils signalent que la zone sature et qu'un réglage particulier s'impose.

Partie 4Les pièges, et comment les éviter

L'effet « essuie-glace »

Si le trafic oscille autour d'un seuil, la zone change de plan toutes les quelques minutes. Or chaque changement désorganise les carrefours le temps de se recaler. La parade est double : prévoir deux seuils (un pour monter, un plus bas pour redescendre) et une temporisation, c'est-à-dire une durée minimale avant de changer à nouveau.

Un seuil ou deux : l'effet sur la stabilité
Exemple fictif, avec le même trafic dans les deux cas.
TransitionJour
Un seul seuilLe plan change sans arrêtseuil7 changements de planDeux seuils et une temporisationLe plan reste stableseuil de montéeseuil de descente1 changement de plan
Avec un écart entre le seuil de montée et le seuil de descente, les petites variations du trafic ne déclenchent plus de changement de plan.

Les autres points de vigilance

Pour passer à l'actionCinq questions pour une ville moyenne

  1. Nos carrefours sont-ils reliés à un poste central, ou fonctionnent-ils chacun sur une horloge fixe ?
  2. Nos plans changent-ils à heure fixe ou selon le trafic mesuré ? L'horaire fixe ne voit ni les vacances, ni les jours de marché, ni les événements.
  3. De quand datent nos comptages et nos seuils ? Ont-ils été revus depuis le dernier changement de plan de circulation ?
  4. Savons-nous quels détecteurs sont en panne aujourd'hui ?
  5. Qui vérifie, une fois par an, que chaque zone est dans le bon plan au bon moment ?
Par où commencer. Une revue annuelle suffit souvent : on superpose, détecteur par détecteur, les courbes de débit et de taux d'occupation des derniers mois avec les seuils en place. Les seuils mal placés sautent aux yeux, et les corriger ne coûte que du temps d'étude.

Vos plans de feux sont-ils encore adaptés ?

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Pour aller plus loin

Emmanuel NDOUN
Emmanuel NDOUNConsultant mobilité & accessibilité, fondateur de Repère Mobilités.